Culturel

Marie Nicolas, une conteuse en Champsaur

Marie Nicolas, une conteuse en Champsaur


L'histoire de cette conteuse a fait l'objet d'une thèse, soutenue en 1988 par Martine Mariotti, pour obtenir le grade de docteur de l'université de Provence.
Avec l'autorisation de la famille, qui vit sur la commune de Poligny, nous rapportons des extraits de ce document riche et passionnant.

Marie Nicolas, une conteuse en Champsaur

Rosalie, Marie-Louise, Martine Borel est née à Bedasses le 30 janvier 1895. Son père avait comme surnom "Jean de Bert". Son prénom Martine vient du fait que le prêtre de la paroisse ajoutait systématiquement à la liste des prénoms celui du saint du jour. Le jour de sa naissance, il faisait une tourmente telle que quatre hommes durent aller à cheval chercher la sage-femme à St Bonnet. La route étant impraticable, ils avaient attaché celle-ci sur la monture avec des cordes, tandis que les hommes poussaient, tiraient, sondaient pour localiser fossés, canaux et fondrières. Malgré un début d'asphyxie, la petite dernière (le " rasclon ") survécut et devint, selon son expression, "une force de la nature". Elle réussit, 1ère ex-æquo sur 52,avec la fille du maire, le certificat d'étude. Cette place honorifique était saluée publiquement sur l'estrade et permettait d'obtenir cinq francs. Il semblerait qu'elle ait eu peu de difficultés pour laisser les honneurs à la fille du maire comme le lui avait demandé l'instituteur. Bien qu'encouragée par toute la famille, elle refusa d'aller au collège de Gap et décida de consacrer sa vie aux champs et aux bêtes. A 19 ans, elle pense au mariage mais nous sommes en 1914 et les hommes de sa génération partent guerroyer. Elle épouse Elysée Nicolas, originaire de la Basse Plaine, en 1919. Ils s'installent à la Plaine de Chabottes, cinq enfants sont nés de cette union. La belle-mère est malade, il n'y a pas de médecin proche, elle apprend à faire des piqûres puis devient "l'infirmière" du village. Après le décès de son époux, elle déménage à la Haute Plaine et transforme sa maison en pension de famille. Sa foi en Dieu, assortie d'une grande tolérance, est devenue le sens de sa vie.
 
Durant sa carrière de conteuse elle utilisa un répertoire fait d'une dizaine de contes ( Les sept valets, la fille du diable, le dragon et la sorcière, Victor Hugo, Jean de Calais, le conte d'Autane, les boucs d'Orcières, corn' au cul, la chèvre de Picateau), de récits légendaires (La pierre du loup, le pêcheur breton), d'un exemplum (la grenouille) de proverbes et de dictons.
 
Elle les avait appris d'un grand-oncle qui les narrait dans l'écurie, au hameau durant les veillées. Elle les racontait dans les réunions villageoises, lors des assemblées familiales puis plus tard dans les réunions paroissiales.
 
"Mes contes, je préfère les dire en "patois" car sinon je perdrais mon accent"
 
A suivre des extraits des contes de M Nicolas.
ASPP de Poligny tout droit réservé. CGA A french man in Camargue.