Historique

Les possédées de Morzine

Les possédées de Morzine

Toute l’affaire commence en Savoie, qui faisait encore partie du Royaume sarde à l’époque. Le 14 mars 1857 à Morzine, bourgade de 1500 habitants encore assez isolée du reste du monde, une fillette du nom de Péronne, au sortir de l’église, entend les cris d’une amie tombée dans le torrent.

Elle parvient à la sauver de la noyade. Un peu plus tard, alors qu’elle est en classe à l’école des sœurs de Saint-Vincent, la fillette courageuse tombe en léthargie pendant plusieurs heures. Au mois de mai, Péronne garde les chèvres avec sa sœur Marie quand elles tombent toutes deux dans un état cataleptique.

 Très vite, les deux enfants multiplient les crises, deviennent violentes et débitent des obscénités. Bientôt, la plupart des fillettes de l’école de Saint-Vincent sont tourmentées par des démons et présentent des convulsions, des hallucinations et des crises de somnambulisme.

 Le 15 août, lors de la fête de l’Assomption, l’épidémie prend de l’ampleur et se répand parmi les jeunes femmes. La grand-messe est le théâtre d’un formidable raffut de démons par possédées interposées. L’unique médecin du coin, en appelle aux autorités sardes qui délèguent sur place des carabiniers et le docteur Tavernier de Thonon. Celui-ci détecte une démonomanie et conseille d’isoler les filles et les femmes atteintes de cette aliénation.

 Le curé du village, malgré les interdictions de l’évêque d’Annecy, Mgr Rendu, multiplie les exorcismes. Bientôt, Morzine compte une bonne cinquantaine de possédées.

 En 1860, la Savoie devient française, les ministres de Napoléon III prennent l’affaire en mains. Le docteur Arthaud, de Lyon, délégué à Morzine, n’est pas long à s’apercevoir que le spectacle des malades pousse toute la population à entrer en crise. Le curé Pinget, délaissant sa panoplie d’exorciste, déclare : « Mes frères, je me suis trompé, la maladie qui nous frappe ne vient pas du diable, c’est une maladie naturelle ». Ce prêche a le don de déchaîner les paroissiens qui se ruent vers l’abbé et l’auraient mis en pièces s’il n’avait été secouru. Les malades sont alors obligés de rester confinés chez eux. En 1863, l’affaire semblait réglée. Or, le 4 mai 1864, l’évêque d’Annecy se rend à Morzine pour la messe de confirmation des premiers communiants. Sa présence suscite une nouvelle vague d’hystérie. La consternation et la peur n’ont jamais été si grandes à Morzine. C’est la population entière qui est malade. « C’est l’éducation morale de la commune qu’il faut refaire, en même temps que l’on devra appliquer des mesures rigoureuses », écrit-il. Des mesures furent prises et Morzine redevint une bourgade normale, si l’on excepte une légère recrudescence d’agitation en 1870 et une seconde en 1873.

La cause de cette démence reste inconnue, elle peut être recherchée dans l’isolement géographique du bourg à l’époque, la consanguinité et dans un faible niveau d’éducation propice à la superstition et à l’hystérie contagieuse. Le cas des « possédées de Morzine » a interpellé des sommités de la Faculté de médecine et a attiré les magnétiseurs et spirites de tous poils.

ASPP de Poligny tout droit réservé. CGA A french man in Camargue.